Corps de métier

Rénover poste par poste (second œuvre)

Chantier de second œuvre en cours de rénovation

Une rénovation ne se joue pas en bloc. Elle s'enchaîne lot par lot, dans un ordre précis, sous peine de défaire le mois suivant ce que vous venez de finir. Voici comment aborder l'électricité, la plomberie, l'isolation et la plâtrerie d'un logement ancien, avec des repères de prix, de durée et les erreurs qui coûtent cher.

Peu de temps ? Voilà ce qu'il faut retenir :

Dans quel ordre attaquer les lots

La logique du second œuvre est simple : tout ce qui se loge dans l'épaisseur des murs, des cloisons et des plafonds passe avant ce qui les referme. Concrètement, vous tirez les gaines électriques et les réseaux d'eau pendant que les saignées et les ossatures sont encore ouvertes, vous posez l'isolant, puis vous montez le plâtre et le placo. La peinture et les sols arrivent en dernier.

Sur un appartement ancien de 70 m² entièrement repris, comptez en général 8 à 14 semaines. Les variations tiennent surtout à l'état des réseaux existants et à la présence de plomb ou d'amiante, qui imposent un diagnostic avant tout percement. Un logement construit avant 1997 doit faire l'objet d'un repérage amiante avant travaux dès qu'on touche aux matériaux : ne l'escamotez pas, c'est une obligation et une question de santé.

Rénovation de l'installation électrique

Refaire l'électricité d'un logement ancien

Dans un logement d'avant les années 1990, l'installation est souvent sous-dimensionnée : peu de circuits, pas de terre dans certaines pièces, un tableau à fusibles porcelaine, voire des conducteurs sans gaine de protection. Refaire l'électricité, c'est revenir à la norme NF C 15-100, qui fixe le nombre minimal de prises et de circuits par pièce, la protection différentielle 30 mA, la liaison équipotentielle de la salle de bains et le repérage du tableau.

Ce qui se garde, ce qui se remplace

On conserve rarement grand-chose au-delà des conduits encastrés s'ils sont en bon état et au bon diamètre, car ils permettent de retirer les vieux fils. Le tableau, les anciens conducteurs en aluminium ou non gainés, les prises sans terre et les boîtes non normalisées partent à la benne. Le compteur, lui, relève du gestionnaire de réseau, pas de vous.

Durée : 1 à 3 semaines pour un T3 Difficulté : élevée, partie sous tension réservée au pro Outillage : rainureuse, pince à dénuder, multimètre, perforateur Fourchette : 90 à 180 €/m² fourni-posé
Sécurité. Une installation électrique neuve ou entièrement refaite doit faire l'objet d'une attestation de conformité visée par le Consuel avant la mise en service par le fournisseur. Vous pouvez tirer des gaines vides et préparer les saignées, mais le raccordement au tableau, la pose des protections et la mise sous tension relèvent d'un électricien. Travailler sous tension sans habilitation expose à l'électrisation et invalide votre assurance en cas de sinistre.

Un point souvent négligé : la section des câbles doit correspondre au calibre du disjoncteur qui les protège. Un circuit prises en 2,5 mm² sur un disjoncteur 20 A, un circuit éclairage en 1,5 mm² sur 16 A maximum. Surdimensionner le disjoncteur sur une section trop faible, c'est créer un risque d'incendie que le contrôle Consuel refusera.

Rénover la plomberie

La plomberie ancienne pose deux problèmes : le matériau et le tracé. Les vieux réseaux en acier galvanisé s'entartrent et se percent ; le plomb, encore présent sur certaines arrivées d'eau potable d'avant 1960, doit être supprimé. On repère d'abord le tracé existant — arrivée générale, colonne, départs vers chaque point d'eau, évacuations — avant de décider de ce qu'on garde.

Cuivre, PER : ce qui se garde vs se remplace

Un réseau en cuivre récent, sans fuite ni corrosion, se conserve très bien et se raccorde par soudure ou raccords mécaniques. Pour les parties refaites, le PER (polyéthylène réticulé) en pose encastrée ou en gaine s'installe vite et limite les coudes. On remplace systématiquement tout réseau galvanisé entartré et toute canalisation en plomb sur l'eau potable. Les évacuations en PVC se conservent si leur pente et leur diamètre sont corrects ; une pente d'évacuation trop faible se traduit par des refoulements que la rénovation des seuls revêtements ne réglera pas.

Durée : 1 à 2 semaines pour un logement courant Difficulté : moyenne à élevée selon le réseau Outillage : pince à sertir PER, chalumeau, niveau, scie Fourchette : 50 à 110 €/m² selon la dépose
Sécurité. Toute intervention sur une installation au gaz (arrivée, robinet, chaudière) relève d'un professionnel et doit aboutir à un certificat de conformité visé par un organisme agréé. Une fuite de gaz ne pardonne pas. La plomberie d'eau, en revanche, se prête bien au DIY tant que vous coupez à l'arrivée générale et que vous testez en eau avant de refermer les cloisons.

Avant de plâtrer, mettez vos réseaux en pression et laissez tourner le test quelques heures. Une micro-fuite repérée à ce stade coûte un raccord ; la même fuite découverte derrière un placo peint coûte la dépose du mur.

Pose d'isolation thermique sur un mur

Isolation intérieure (ITI) ou extérieure (ITE) : comment choisir

Le choix ne se tranche pas au prix seul, il dépend du bâti. L'isolation thermique par l'intérieur (ITI) se pose contre les murs depuis le logement : elle est moins chère, réalisable pièce par pièce, mais elle réduit la surface habitable et ne traite pas tous les ponts thermiques (planchers, refends). L'isolation thermique par l'extérieur (ITE) enveloppe le bâtiment, supprime l'essentiel des ponts thermiques et préserve l'inertie des murs, mais elle modifie la façade et suppose un accord en copropriété ou en secteur protégé.

CritèreITI (intérieur)ITE (extérieur)
Coût indicatif fourni-posé50 à 90 €/m²120 à 200 €/m²
Surface habitableRéduite (5 à 12 cm par mur)Préservée
Ponts thermiquesPartiellement traitésLargement traités
Aspect façadeInchangéModifié (autorisation requise)
Adapté au bâti ancienOui, si gestion de l'humiditéOui, sauf façades à préserver
Durée : ITI 1 à 2 semaines par logement ; ITE 2 à 4 semaines Difficulté : ITI accessible ; ITE réservée au pro (échafaudage, façade) Outillage : ITI cutter, agrafeuse, niveau laser, visseuse Fourchette : voir tableau ci-dessus

Les deux points de vigilance qui font la différence

Premier point : les ponts thermiques. En ITI, les jonctions mur-plancher et les refends restent froids et concentrent la condensation. Soignez les retours d'isolant autour des tableaux de fenêtres et au pied des murs. Deuxième point : la ventilation. Un logement ancien respirait par ses défauts d'étanchéité. En l'isolant, vous le rendez étanche : sans VMC ou ventilation adaptée, l'humidité produite par la vie quotidienne se condense sur les parois froides et nourrit les moisissures. Isolation et ventilation se pensent ensemble, jamais l'une sans l'autre.

Dans le bâti ancien à murs en pierre ou en terre, méfiez-vous des isolants étanches à la vapeur côté intérieur : ils peuvent piéger l'humidité dans le mur. Un avis technique sur la migration de vapeur, voire un accompagnement par un professionnel qualifié RGE, évite des désordres lents mais profonds.

Plâtrerie, cloisons et plafonds : les bases

La plâtrerie referme le chantier. Elle recouvre les réseaux, porte l'isolant en doublage et redéfinit les volumes avec les cloisons. La technique la plus courante repose sur l'ossature métallique (rails et montants) habillée de plaques de plâtre — le « placo ». L'ossature donne la planéité, ménage le vide technique pour les gaines et reçoit l'isolant entre montants.

Cloisons, doublages et plafonds

Une cloison de distribution classique se monte en plaques de 13 mm sur ossature de 48 ou 70 mm, avec un isolant entre montants pour l'affaiblissement phonique. Pour une chambre donnant sur un séjour, montez plutôt une cloison à montants désolidarisés ou à double parement et glissez un isolant souple : c'est ce découplage, plus que l'épaisseur seule, qui coupe le bruit. Les plafonds suspendus sur fourrures permettent d'intégrer spots et faux-plafonds tout en rattrapant un support irrégulier.

Durée : 1 à 3 semaines selon les surfaces Difficulté : accessible au bricoleur soigneux Outillage : visseuse à placo, lève-plaque, règle, couteaux à enduire Fourchette : 35 à 70 €/m² fourni-posé pour une cloison
À surveiller. Ne touchez pas à un mur sans savoir s'il est porteur. Abattre ou percer largement un mur de structure sans étude impose l'intervention d'un bureau d'études et d'un professionnel : la sécurité du bâtiment est en jeu. En cas de doute, la cloison la plus prudente est celle qu'on ne démolit pas avant vérification.

Choisissez la bonne plaque selon la pièce : plaque hydrofuge (souvent verte) dans les locaux humides, plaque haute dureté dans les passages, plaque phonique entre deux pièces de vie. Une plaque standard posée en salle de bains gonflera ; c'est une économie de quelques euros qui se paie en réfection complète.

À lire ensuite

Pour aller au fond de chaque poste, voici les guides détaillés du même corps de métier :

Voir tous les guides Corps de métier

Chiffrez votre chantier avant d'acheter

Plaques, rails, gaines, isolant : estimez les quantités poste par poste pour éviter les allers-retours en magasin et les surplus.

Les fourchettes de prix et de durée sont indicatives et varient selon la région, l'état du bâti et les matériaux : seul un devis établi après visite sur site fait foi. Pour tout ce qui touche à l'électricité, au gaz ou à la structure du bâtiment, le recours à un professionnel certifié est obligatoire dès que la réglementation l'impose (attestation Consuel pour une installation électrique, certificat de conformité gaz, étude structure pour un mur porteur). Chantier & Cie est un magazine indépendant : nous ne réalisons pas de travaux et n'établissons pas de devis.